Archives for the month of: juillet, 2013

participation

Vous n’êtes pas encore partis en vacances et vous passez encore un peu de temps aux côtés de shortEdition ?

Alors faites un tour sur Facebook et découvrez notre concours de l’été.

A gagner : un kit de plage, avec des lunettes, une serviette de bain et un sac, tous customisés aux couleurs de shortEd.
Et surtout, on offre au gagnant deux lectures de l’été : le recueil Moïse et autres nouvelles, de Sylvia de Rémacle, et le prochain SHORT! Été 2013, qui vient d’arriver au bureau…

L’indispensable pour flâner en vacances !

Le concours, c’est par là !

A demain,

Matteo

PS : De plus en plus de goodies chez shortEd… Et vous, que verriez vous aux couleurs du short ?

Le Syndrome de Botrange (2/6), Aliénor Debrocq

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de shortEdition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !

Nous ouvrons donc le bal du Feuilleton du lundi avec la nouvelle en six épisodes d’Aliénor Debrocq, Le Syndrome de Botrange.

Retrouvez l’épisode précédent : 1/6

Résumé de l’épisode 1. Le docteur Sterm vit seul depuis la perte de son fils et le départ de sa femme. Il a repris ses consultations en psychiatrie, il donne le change, il tente de continuer comme avant…

Épisode 2
Enjamber le rebord de la baignoire

Psychosomatique. C’est ce qu’ils disent tous. Psychosomatique. Je hoche la tête tranquillement, comme je le fais toujours. Je sens le trouble dans sa voix, l’amertume, le dédain. Elle en a marre, cela s’entend. Marre de tous ces toubibs qui se renvoient son cas sans même s’excuser. C’est ce qu’elle dit. Marre. C’est la première fois qu’elle vient, la première fois qu’elle s’assied dans ce fauteuil, face à moi. Elle n’y croit pas. Je sens bien qu’elle n’y croit pas. Me parler ne fera aucune différence, selon elle. Personne n’a pu l’aider jusqu’à présent, comment le pourrais-je ? Je ne réponds pas. La question demeure suspendue dans l’air, quelque part entre nous. Certains psychiatres trouveraient à ce moment les mots qu’il faut, ils diraient des choses qui se veulent rassurantes, sur les bienfaits et les résultats de la thérapie. Sur la parole qui soudain révèle les maux et, par là même, les guérit. Je ne fais pas partie de ceux-là. Plus maintenant. Je ne peux pas lui certifier que se confier à moi va l’aider. Je ne peux rien lui promettre. Je ne crois plus qu’il existe un pouvoir de guérison pour chacun d’entre nous. Je pense qu’il arrive que nous soyons condamnés à rouler notre pierre, encore et encore, jusqu’au bout. Faut-il imaginer Sisyphe heureux ? Pourquoi, pourquoi forcément ? Je pense à mon chien. Le chien de Simon. On dit que les animaux ont de la chance parce qu’ils ignorent qu’ils vont mourir. Je n’y crois plus non plus. Certains souffrent de la perte. Ce chien continue à chercher Simon partout dans la maison. Quatorze mois plus tard, il cherche, gémit, cherche encore. Roule, roule sa pierre, la truffe collée au sol.

Elle n’y croit pas mais elle revient. Le lundi suivant, à la même heure, elle est de nouveau là, dans le couloir trop blanc, trop vide, jambes croisées, bras serrés contre elle, yeux cernés. Je m’efface pour la laisser entrer. À peine assise elle se met à parler. Toute trace de dédain a disparu de sa voix. Toute volonté de combattre. Elle chuchote à peine et je dois me concentrer pour pouvoir l’entendre. Elle dit que tout, tout lui est devenu difficile, elle ne sait pas pourquoi. Sortir de chez elle. Voir des gens. Prendre une douche. Même prendre une douche. J’entends ses mots, j’entends sa souffrance, je hoche la tête. Ça a commencé quand, comment ? Par une crise d’urticaire, voici plusieurs mois. Un truc inconnu d’elle, et qui, depuis lors, lui est devenu familier. Ça gratte dans le bas du dos, tout doucement, puis ça remonte jusqu’à la nuque, ça descend dans les jambes, ça couvre la poitrine jusqu’aux mamelons. Une heure, tout en plus. Une heure pour se transformer en une chose rouge et gonflée – difforme.
J’en ai entendu, des gens se plaindre, me confier leur douleur, leur mal-être, leur tristesse profonde. Il m’arrive de ne plus y faire très attention. Je me force à demeurer vigilant. Si je me laissais aller, je passerais mes journées à les écouter distraitement, en proie à ma propre fatigue, ma propre lourdeur, mon deuil interminable. Avec cette femme, c’est pareil, je me force. Je tente de me concentrer, je prends des notes, je l’interroge. Cette peur de la douche, qu’est-ce que c’est exactement ? Une phobie de l’eau, de la nudité, un traumatisme ? Rien de tout ça, me dit-elle. Plutôt un vertige, un vertige permanent avec lequel elle s’efforce de vivre depuis de longs mois. Une perte d’équilibre, l’absence de repères, la tête qui tourne, qui tourne encore, quand tous les résultats des tests subis demeurent désespérément normaux. La douche. L’angoisse quotidienne de la douche. Enjamber le rebord de la baignoire. Laisser jaillir l’eau chaude. Avoir peur de glisser, de tomber, de se cogner. Se retrouver nue, tremblante, sur la carpette de bain. Alors elle chante, elle fredonne tout bas, elle se berce. Chaque matin c’est le même pitoyable scénario qui se répète. Une épreuve après l’autre. Douche, métro, boulot. Sa voix faiblit davantage. Elle dit qu’elle a oublié, qu’elle ne se rappelle plus ce que c’est, de vivre normalement. Sans cette succession de peurs. Sans cette sensation permanente de devoir se battre pour garder la tête hors de l’eau. L’eau. Je souligne le mot trois fois dans mon carnet. L’eau.

À la fin de la séance, alors que je la raccompagne jusqu’à la porte, elle se refuse à serrer la main que je lui tends. Elle hésite. J’aimerais rester ici quelque temps, murmure-t-elle. Une hospitalisation. C’est donc à ce point ? C’est possible, dis-je. Il suffit de remplir une demande. Elle sourit faiblement. Je ne peux pas. Le travail ? Non, non, pas le travail, mon fils. Il a dix ans, on n’est que tous les deux. Elle enfile ses gants, fait quelques pas dans le couloir. Lundi ? Oui, lundi. Quelques pas encore, puis disparaît, tandis que ses mots résonnent malgré moi, son fils, son fils de dix ans.

Retrouvez la suite : 3/6 – 4/6 – 5/6 – 6/6

Pig-Box-Animation8-640x360

Parfois il m’arrive de me sentir comme un grand enfant. Ça nous arrive à tous, non ?

Voilà « Pig Box », une petite vidéo d’animation réalisée par deux étudiants taïwanais, Ta-Wei Chao et Tsai-Chun Han.

Un oiseau frileux cherche un peu de chaleur auprès d’un porc-épic somnolent… (qui ne pique pas évidemment).

C’est sympathique et tout mignon.

Les notes du piano résonnent en douceur, et le jardin a des nuances de bleu aquarelle.

Cela m’a rappelé les dessins animés que je regardais étant petit !

Découvrez-le ici.

A demain,

Matteo

214994-frances-ha-greta-gerwig-noah-baumbachLe film « Frances Ha » souffle un air de fraîcheur en ce mois de juillet. Frances est une jeune femme de 27 ans, qui peine à devenir adulte et rêve d’être chorégraphe.

Elle vit à New York, se ballade d’appart en appart, danse dans la rue comme les acteurs de Fame. Surtout, elle ne peut se séparer de Sophie, sa meilleure copine de fac à grosses lunettes (qui réussit mieux qu’elle malheureusement).

Promis, elle n’a rien de Bridget Jones !

Frances est un oiseau étrange, charmant et chaotique. Elle cherche en vain la stabilité, enchaîne les gaffes… Dès le début, on l’aime et on l’adopte.

Greta Gerwig, qui l’interprête – et porte un vrai nom d’actrice allemande d’avant-guerre – a co-écrit le scénario. Elle révèle un réel talent de conteuse, en + de celui d’actrice !

L’esthétique noir et blanc ajoute au côté rétro – ce qui rappelle Manhattan (1979) de Woody Allen, ou encore la Nouvelle Vague française, pour les cinéphiles…

Frances-Ha-film-still-3

J’ai adoré l’humour décalé, et le sens de la répartie (bien américain). Un film charmant, tout en poésie et soubresauts.

A demain,

Matteo

PS : Il m’a juste manqué un moment de pause, de réflexion, qui aurait donné + de profondeur à l’histoire… mais dites-moi que je me trompe, allez le voir !

 

 

 

 

 

 

Cette semaine, Francis Collignon nous a accordé un peu de son temps pour une interview ! Passionné de poésie, il nous parle bien sûr de Victor Hugo, mais aussi de son expérience de théâtre et de Woody Allen.

Coralie : Bonjour Francis, d’où vous est venu votre goût pour l’écriture ?
Francis :
C’était un petit peu par hasard, je n’ai pas du tout une formation littéraire puisque j’ai fait des études scientifiques, je suis vétérinaire. Le concours d’entrée dans les écoles vétérinaires, c’est essentiellement des maths et de la physique. Dans un premier temps de ma vie professionnelle, j’étais complètement accaparé par la création d’une clientèle, et l’écriture était très loin de mes soucis. C’est donc arrivé par hasard, à l’occasion d’un texte écrit pour l’anniversaire de copains : une longue comédie. J’ai pris un énorme plaisir à le faire, ça a eu un super succès et on m’a demandé de continuer à écrire. L’idée de la pièce : mes trois copains étaient censés être des chevaliers partis en croisade, et je faisais jouer leurs trois femmes restées dans leurs domaines en seule compagnie d’un intendant (moi-même) et de son ami ménestrel. L’action se passe au moment du retour annoncé de leurs maris. Le texte aurait pu être en prose mais je me suis obligé à l’écrire en alexandrins.

C : En lisant vos œuvres, on constate bien que vous aimez particulièrement l’alexandrin… Mais avez-vous poursuivi cette expérience de théâtre ?
F :
Oui ! J’ai écrit beaucoup de pièces de théâtre, dont sept ou huit ont été montées réellement et jouées par la troupe d’amateurs qui s’est constituée alors, d’autres en duo avec mon épouse.
Puis j’ai eu une commande officielle de la municipalité de Noyon pour la commémoration du 500e anniversaire de la naissance de Calvin. Mais là on n’était plus dans la comédie ! [rires] Ma pièce a été acceptée et jouée à trois reprises, dans le cadre de ces festivités. Elle a rencontré un certain succès, j’étais fier de moi. J’avais mis en scène sa femme, Idelette de Bure, enceinte de quelques mois, qui va voir son mari un matin et s’inquiète de la vie qu’aura sa future fille. J’en fais la première des féministes, qui ose s’affronter à son monument de mari. Cette pièce était donc une joute d’un peu plus d’une heure entre Calvin et sa femme. Le titre était : « Jehan, il faut qu’on parle ! ».
Ensuite, j’ai commencé à tellement y croire que j’ai engagé un jeune metteur en scène, devenu un très bon ami, et deux actrices professionnelles. J’ai écrit Le Jeu de l’Amour et du Canard, que j’ai fait jouer au Théâtre des Blancs-Manteaux, à Paris. La pièce est restée à l’affiche tous les week-ends pendant cinq mois. Ça m’a coûté un bras, et ça m’a calmé ! [rires] Je pense que je suis allé jusqu’au bout de ce que je pouvais faire. J’ai arrêté le théâtre, mais j’étais pris par l’écriture. J’ai donc écrit des poèmes, le premier, Eclipse, il y a dix ans.

C : Quelle vision avez-vous de la poésie ?
F :
Très classique et académique : pour moi la poésie c’est de l’alexandrin, avec une césure à l’hémistiche. J’ai du mal à apprécier des vers libres, même si parfois ça fonctionne, je suis séduit et j’apprécie, mais quand je lis un sonnet bien calibré, bien équilibré, j’y suis a priori plus sensible. Ça m’arrive de lire de la poésie, surtout Victor Hugo, évidemment. Mais ce n’est pas vraiment ma lecture quotidienne. Je lis un peu de tout ce qui me tombe sous la main, des biographies, des romans.
Pour écrire de la poésie je suis laborieux : j’y pense longtemps, je commence à aligner quelques mots, je les reprends… Je m’impose de trouver le mot qui a la bonne sonorité, la bonne longueur, à la bonne place. C’est ça qui me plaît, et c’est aussi pour ça que je reste sur la poésie : à l’échelle d’un roman, ça serait impossible.

C : Avez-vous déjà publié ?
F :
Je n’ai jamais cherché à être publié, même si on peut dire qu’une pièce de théâtre jouée s’approche d’une publication. Je n’ai jamais envoyé un recueil à un éditeur et c’est pour combler ce vide que je me suis tourné vers shortEdition, pour avoir une petite ouverture. Maintenant, j’y pense, mais c’est relativement récent. C’est aussi parce que je commence à avoir un peu de matière pour envisager une petite publication : j’ai une dizaine de textes sur shortEdition et d’autres non présentés.

C : Avez-vous un thème récurrent qui constituerait une connexion entre toutes ces œuvres ?
F :
Il n’y a pas vraiment de thème récurrent, je suis assez éclectique. On pourrait quand même noter que beaucoup de mes poèmes comprennent une réflexion sur la mort, mais pas dans un sens pathologique, dépressif ou suicidaire ! Ce thème reste une grosse interrogation, c’est pourquoi j’y fais assez régulièrement des allusions. Dans La noir’queue, j’en fais carrément le sujet central puisque j’y parle du jeu éternel entre la vie et la mort. J’ajoute toujours aussi une note d’humour dans mes poèmes, c’est important, ça me correspond.
Le choix d’un thème reste important, tout part de là. Lorsque j’ai écrit mon Ode pour être enterré avec ma vieille savante, je me disais qu’on pouvait faire de la poésie sur n’importe quel sujet, et donc pourquoi pas sur des chaussures !

C : Avez-vous des modèles littéraires ?
F :
Au niveau de la poésie, c’est clairement Victor Hugo, mais aussi Ronsard et Du Bellay. Je reste dans le classique, parce que ça m’a marqué, et je n’arriverai pas à faire autrement que reproduire ce style là, avec ces règles là. Quand je veux écrire, spontanément l’alexandrin arrive, donc voilà, la place est prise ! [rires] Après je le retravaille, mais avec moins de facilité que Victor Hugo, qui était capable d’écrire deux pages d’alexandrins pendant que sa petite-fille faisait la sieste. Deux pages, ça serait six mois pour moi, alors ça fait de longues siestes ! [rires]

C : Enfin, auriez-vous une citation à nous faire partager ?
F :
Il y en a une qui me ravit de Romain Gary : « un de ces bouquets de fleurs qui partent toujours à la recherche d’un cœur et ne trouvent qu’un vase. » (in Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable). Je trouve ça succulent ! C’est une façon tellement élégante de parler de difficultés de communication entre les gens, et dans certains cas de complètes incompréhensions.
J’en ai également une autre qui a moins de sens, mais qui me fait rire. C’est de Woody Allen : « J’ai rencontré Isocèle. Il a une idée pour un nouveau triangle. » (in Destins tordus). Ça me ravit, même si ça ne plaît pas à tout le monde. J’ai été enthousiasmé par ses tous premiers films, mais moins maintenant : même si ça reste très différent de ce qu’on peut voir ailleurs, on reste plus ou moins toujours dans la même ambiance.

C : En tout cas, merci pour ces deux belles citations et pour cette interview, Francis. A bientôt !
F :
Merci Coralie, à bientôt !

Maxime m’a montré un petit outil qui permet de comparer les occurrences de mots… dans la twittosphère.

Je m’explique : à vous de taper 2 mots qui vous intéressent sur ce site, afin de découvrir lequel a été le + souvent twitté au cours de l’heure/la semaine/le mois dernier. D’où le nom : hashtagbattle, qui signifie « bataille de mots clés ».

Comme le dit Maxime, c’est inutile mais absolument nécessaire !

Même sans avoir de compte twitter, l’expérience m’a bien amusé. D’après mes tests :

« nouvelle » (399 occurrences) gagne contre « poème » (89),
« Egypte » (2131)  gagne contre « Turquie » (669),
et « Madonna » gagne largement contre « Britney Spears » (ça c’est ma copine qui me l’a soufflé…)

Vous aurez donc un aperçu de l’humeur des internautes… qui n’est jamais sans lien avec l’actu, après tout.

A demain,

Matteo

PS : Pour tester, tapez les 2 mots après les # puis cliquez sur « fight ». Pour recommencer cliquez en-haut sur « new battle »

 

 

 

Le Syndrome de Botrange (1/6), Aliénor Debrocq

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de shortEdition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !

Nous ouvrons donc le bal du Feuilleton du lundi avec la nouvelle en six épisodes d’Aliénor Debrocq, Le Syndrome de Botrange.

Épisode 1
Le bruit que fait la portière en claquant

Je compte les dalles. Je fais ça souvent. Les dalles de la cour, en fumant une cigarette. La dernière, je me dis. La dernière. Je sais bien que c’est faux. Comme tant d’autres choses. Mais les petits mensonges qu’on se fait à soi-même ne sont pas si importants. Broutilles, vraiment. Je compte les dalles. Peut-être ceux qui regardent par les fenêtres me prendraient-ils pour un fou, si je ne portais pas ma blouse et mon badge. Fou. Le mot tabou. Compter les dalles, est-ce si grave ? Je ne suis pas le seul à le faire, c’est certain. Mais le seul à le faire consciemment, je pense bien. C’est pour que ça dure plus longtemps. La cigarette. Pour ne pas devoir y retourner, parapher les dossiers, passer par les vestiaires, rentrer chez moi. Pour ne pas rentrer chez moi.

On ne me confie pas les cas les plus graves. Que les névroses, les dépressions, les boulimies « légères ». Et pas d’enfants. Plus aucun enfant. Ça me convient. C’est ce que je dis, que ça me convient. Que je suis heureux de travailler à nouveau. De faire partie du mouvement. D’être de retour dans l’équipe. J’ai gardé le cabinet. Je veux dire je l’ai gardé en état, les meubles, la plaque sur la façade de la maison, mais je n’y reçois plus personne. Un jour peut-être. Je ne sais pas. Il y a quelque temps, après des mois de poussière accumulée, je me suis décidé à pousser la porte. L’odeur. L’odeur n’avait pas changé. La lumière oblique de la fin de journée. J’ai cru que je ne pourrais pas. Plus jamais. Cette pièce. Alors j’ai demandé à Suzon de m’aider. Elle a mis de la musique. Un truc joyeux, entraînant, pour m’éviter de penser. Éviter les images. Les saloperies de souvenirs dont on ne peut jamais se défaire, quoi qu’on pense. On a tout rangé dans des caisses. J’ai noté le nom des choses, classé les livres par auteur, recouvert les meubles, refermé à clef. J’ai demandé à Suzon de la garder, la clef. Je préfère. Je me méfie des nuits blanches à chercher, chercher sa trace, leurs traces, dans le noir de la maison.

Quand je quitte l’hôpital, le soir, j’allume la radio. C’est le moment que je préfère, et celui que j’appréhende le plus. Le silence de la berline. Le crissement des sièges en cuir sous mon poids. Le bruit que fait la portière en claquant et le moment de suspension parfaite qui s’ensuit. Je suis seul. Irrémédiablement seul. Et soulagé de l’être, je dois l’avouer. Alors j’allume la radio, sous prétexte d’écouter les infos trafic. En réalité je m’en fous, du trafic : il est toujours tard quand je pars et l’heure de pointe est passée depuis longtemps. Je me fous du trafic, j’écoute un vieux tube folk, je prends la nationale, je fonce. Souvent j’ai envie de lâcher le volant un bref instant, voir ce que ça fait, je pense à mes patients, tous ceux qui, au fil des années, m’ont parlé de cette sensation, mais je suis lâche, je suis couillon, je n’ose pas, je crains la mort comme tout le monde. Plus que tout le monde ? Alors je ne lâche pas, au contraire, je me cramponne et je chante, je chante avec Johnny Cash, je chante avec Bob Dylan, je chante faux et je m’en fous, c’est mon droit, je suis seul, je suis seul, putain !

Je ne suis pas tout à fait seul. J’ai gardé le chien. Ça peut paraître con, avec tout ça, mais j’ai tenu à le garder. Ariane, elle s’en foutait éperdument, du chien, elle n’en avait jamais vraiment voulu, c’était pour faire plaisir à Simon. Elle a même voulu s’en défaire, le donner à une association. J’ai dit non. Fermement. C’est sans doute la seule décision que j’aie prise cette année-là. Garder le chien de Simon. Je me rappelle cette discussion. Le regard froid, si froid d’Ariane, dans la cuisine. Le chien entre nous, qui gémissait, allait de l’un à l’autre, tournait autour de la table, cherchait Simon, j’en suis sûr. Ariane n’a rien répondu, elle a hoché la tête en silence, puis elle est montée s’enfermer dans l’atelier pour la nuit, comme elle avait pris l’habitude de le faire.

Ils disent : ça peut arriver à tout le monde. Ils disent ça. Avec dans le regard une expression de compassion parfaitement maîtrisée. Je ne sais pas exactement ce qu’ils entendent par là. Parlent-ils de l’accident ? Parlent-ils de la malchance qui nous guette tous, à tout moment ? Ou de l’effondrement psychologique qui s’en est suivi ? Des mois passés dans le coton ? D’Ariane qui soudain faisait ses valises et poussait la porte de notre maison ? Je ne demande pas. Je m’en fous. Je me contente de hocher la tête et de me faire un café. Leur pitié me dégouline dans le dos, j’ai besoin d’air, je sors, je tire mon briquet de ma poche, ma main tremble, j’allume une clope, je compte les dalles.

Retrouvez la suite : 2/63/64/65/6 – 6/6

C’est la version Rhône-Alpes de SHORT ! qui consacre les Prix shortEdition Dauphiné Libéré.

Elle est sortie des presses il y a quelques jours. Un vrai plaisir. Pour les auteurs, l’équipe shortEd et… maintenant pour les lecteurs.

140 pages, 10 €.

Et une première présence dans une vingtaine de points de vente sur Grenoble et agglo pour voir si le joli visage enduit de mousse à raser et serti de rose bonbon sucé séduit le chaland en ces temps estivaux !

Comme dit Manon, la responsable des relations presse : c’est l’été, habillez-vous léger et lisez court !

A demain,

Matteo

 

Cette semaine, Fabien Hérisson, alias Livresque Du Noir, s’est prêté au jeu de l’interview ! Passionné de littérature noire, il nous parle de ses recueils de nouvelles à but caritatif et du don de soi, mais aussi des auteurs qui l’ont marqué, et de Louis XIV.

Coralie : Bonjour Fabien, d’où vous vient votre goût pour l’écriture ?
Fabien : J’ai toujours eu une envie d’écrire enfouie en moi. Après avoir beaucoup lu, essentiellement des polars, et suite au décès de mon frère, je me suis mis à écrire. Je me suis dit « il faut que je laisse quelque chose « avant qu’il soit trop tard » : la vie est courte, il faut se lancer ». J’ai commencé par du court, de la nouvelle, parce que le long demande du temps, mais surtout le temps de prendre le temps. Le court permet d’écrire plus facilement ce qu’on a en tête. On arrive plus facilement du point A au point Z. Z, et non B parce que dans une histoire, il y a plusieurs étapes, plusieurs points par lesquels passer.

C : Selon vous, dans le court, est-ce que conserver une certaine structure, et notamment la chute, est important ?
F : L’intérêt d’une nouvelle est la chute : elle doit être courte, marquante, le lecteur doit rester surpris. Ce n’est pas un exercice facile. C’est plus difficile au niveau de l’intrigue qu’un roman, où on a le temps de poser son histoire, présenter les personnages, planter le décor. Dans la nouvelle on a moins le temps, c’est une structure particulière qui doit prendre le lecteur de la première ligne et ne doit pas le lâcher avant la dernière. C’est du one shot. Pour ma part, j’ai l’idée de la chute au départ, et tout le reste vient au fur et à mesure de l’écriture.

C : Avez-vous déjà publié ?
F : Oui, j’ai été l’initiateur de deux recueils de littérature noire dans lesquels je me suis gardé une petite place. Le premier, l’année dernière, était sur le thème de la différence, le second cette année sur le thème de la santé. Le but est de faire découvrir des auteurs pas forcément connus du grand public, et de leur faire côtoyer ceux qui ont une assise dans le milieu, mais aussi de faire connaître le genre de la nouvelle aux lecteurs. On leur donne carte blanche, ils n’ont que la thématique. Chacun l’aborde selon son point de vue, sa sensibilité, ce qui donne au final des recueils très diversifiés.
Tous les auteurs qui y participent acceptent de céder leurs droits au profit d’une association choisie au préalable, qui change à chaque projet. Cela montre aux gens que même avec nos petits talents, on peut apporter sa pierre à l’édifice, faire évoluer les choses. Qu’il ne faut pas forcément donner de l’argent mais qu’on peut donner du temps.

C : Y a-t-il des auteurs qui ont influencé votre style d’écriture ?
F : Il y a des auteurs qui m’ont donné envie d’écrire du noir, oui. Parmi eux, il y a notamment Franck Thilliez, Laurent Scalese, Paul Colize et Maxime Gillio. Ce sont non seulement des auteurs qui écrivent bien, avec un style bien particulier, mais qui sont aussi de très bons conteurs d’histoire. Et dans la vie de tous les jours, ce sont des personnes humaines, ce qui est très important. Elles restent humbles, sont toujours à l’écoute. Elles ne sont pas avares de conseils mais ne pensent pas avoir la science infuse sur la façon d’écrire, sur ce qui est bon ou pas.
Mais je ne lis pas que du noir ! Dans un autre genre, j’aime beaucoup Gilles Legardinier parce que c’est une littérature rafraîchissante, positive, qui dit que la vie n’est pas si noire et qui redonne espoir en l’humain. J’aime aussi les biographies de personnalités historiques, plus particulièrement celles de l’historien Jean-Christian Petitfils sur Louis XIV et les personnages de cette période : j’aime beaucoup la personnalité de ce monarque, les personnes dont il s’est entouré et ce qu’il a fait.

C : Vous avez été Lauréat du Printemps 2013 avec Dernier appel après embarquement. Que vous a apporté cette expérience sur shortEdition ?
F : Ça m’a permis d’avoir un regard extérieur : j’ai trouvé assez intéressant l’engouement qu’il a pu avoir auprès des personnes qui l’ont lu et découvert. Je ne pensais pas qu’autant de personnes aimeraient le style de la nouvelle. C’est encourageant pour moi, mais aussi pour la nouvelle en général. On n’est jamais trop sûr de ce qu’on écrit, de ce qu’on fait, et c’est instructif de voir en-dessous de la nouvelle les réactions des lecteurs, les avis positifs, et surtout négatifs, qui permettent d’évoluer. Il y a eu quelques critiques négatives. On ne peut pas plaire à tout le monde, et heureusement, sinon ça serait un peu ennuyeux [rires]. Après, tout dépend de la façon dont la critique est écrite, et de la volonté de l’auteur : si c’est juste pour taper dessus sans être objectif, ça peut être lourd, mais quand elles sont bien posées et que c’est un avis donné de façon courtoise, il n’y a pas de soucis. Pour Dernier appel après embarquement, il y avait des personnes qui avaient compris la chute assez tôt, d’autres qui ont trouvé le texte plein de clichés. C’est enrichissant, et je les remercie parce que c’est toujours bon à prendre et c’est ce qui permet d’évoluer.

C : Question piège : selon vous, comment cerner les limites de la littérature noire ?
F : C’est effectivement assez vague, on peut y englober beaucoup de choses. Le policier, le polar, le thriller, et même le fantastique peuvent faire partie de la littérature noire. Il n’y a pas nécessairement d’intrigues policières.
Mais c’est aussi une question d’ambiance, qui doit être noire, notamment au niveau de la chute, lorsque c’est une nouvelle.

C : Y a-t-il une citation que vous aimeriez partager avec nous ?
F : « On ne fait jamais rien d’extraordinaire, de grand et de beau, qu’en y pensant plus souvent et mieux que les autres ».
C’est une citation de Louis XIV que j’aime beaucoup, parce qu’elle reflète bien le personnage, et qu’elle n’est pas loin de la vérité : quand on veut arriver à quelque chose, il faut s’en donner les moyens. Je ne sais pas si c’est une ligne de conduite que j’arrive à tenir, mais je tente de l’appliquer. Je n’ai pas non plus la prétention de faire des choses extraordinaires, grandes et belles mais j’essaye de me donner les moyens pour que mes projets prennent vie et aillent au bout. Pour l’instant ça fonctionne et j’espère que ça continuera !

C : On vous le souhaite ! Merci de votre temps, à bientôt Fabien !
F : Merci Coralie, à bientôt !

 

-> Plus d’informations sur le collectif des auteurs du noir Santé !

Interview réalisée par Coralie Bailleul.

Il n’y a pas longtemps, un ami m’a fait (re)découvrir Trois Ombres, un roman graphique du dessinateur Cyril Pedrosa.

Le petit Joachim vit heureux avec ses parents, jusqu’au jour où trois ombres – trois silhouettes à cheval – se mettent à rôder autour de sa maison. Pour protéger son fils, le père décide de fuir à travers un périlleux voyage.

L’histoire, qui nous réserve + d’une surprise, n’a rien d’un roman pour enfant. On sent que dans cette fuite-là, il y a quelque chose d’inéluctable…

L’auteur utilise une technique au pinceau et à l’encre, afin de mettre l’accent sur l’émotion… Les lignes jouent avec la perspective pour distiller un climat d’instabilité, les scènes d’action ont une précision cinématographique.

C’est sombre et poétique à la fois.

Une vraie, belle, réussite !

Le livre n’est pas si court – 272 p. – mais n’en doutez pas, vous le lirez d’une traite… ou deux.

3ombres2

A demain,

Matteo

–> Trois Ombres, Delcourt G. Productions, 2007, 17 € 95, et il a été récompensé par un Prix « Essentiel » lors du Festival de la bande dessinée d’Angoulême en 2007