Archives for the month of: mai, 2013

Ça y est, la finale du Prix Été 2013 a débuté hier soir à 00:01.

Les finalistes ont été informés par mail, ou le seront si ce n’est pas encore fait ! Les compteurs sont remis à zéro, et on repart pour une course littéraire…  Jusqu’au 21 juin, 23 h 59.

Si vous en faites partie, mobilisez vos forces vives, croisez les doigts… et croyez en votre talent. Si vous êtes un lecteur attentif de shortEd, profitez-en pour vous faire un avis… et le donner !

1 lauréat par catégorie sera élu par les internautes, et 5 à 7 oeuvres (par catégorie) seront choisies par les grands lecteurs du Comité éditorial.

Il paraît que deux tendances se dégagent cette année : du classique et du dérangeant. Original, non ?

On confirmera cela dans 21 jours…

A demain,

Matteo

vortex

Cette semaine, l’auteur Vyl Vortex nous emmène dans son univers imaginaire, entre fantastique et science-fiction. Il nous parle de son atelier d’écriture, de l’inspiration qui naît de la contrainte et de Alain Damasio… et nous donne quelques conseils éclairants !

Coralie : Bonjour Vyl Vortex, d’où vous est venu votre goût pour l’écriture ?

Vyl Vortex : J’écris depuis un moment, surtout des nouvelles. Nous avons monté une sorte d’atelier d’écriture avec des amis et je me suis pris au jeu. C’est beaucoup plus motivant car nous nous relisons mutuellement, nous nous critiquons et nous soulignons ce qui ne va pas ou ce qui va bien ! C’est un bon exercice pour éviter une attitude stérile, rester dans son coin à se dire « c’est génial ce que je fais ! » [rires]. Je pense qu’être lu et critiqué, ainsi que lire et critiquer soi-même, permet de progresser.

C : Avez-vous des projets en cours ?

V : Voilà deux ans maintenant que je suis sur deux romans que je n’ai pas encore terminés… Mais il y en a un qui devrait l’être bientôt ! Un roman fantastique et un autre de fantasy, deux de mes genres littéraires favoris. Pour le premier, j’ai écrit 200 pages en six mois, puis je l’ai laissé de côté à cause du quotidien, je n’avais plus le temps… Pour le second, j’espère continuer sur ma lancée et le finir cette année. Je le ferai lire, relire, et j’essayerai ensuite de l’envoyer à des éditeurs. Si ça ne marche pas, je serais au moins content d’avoir fini une histoire !

C : Où puisez-vous votre inspiration ?

V : Lors des exercices d’écriture avec mon groupe d’amis, nous décidons de différentes contraintes : nous prenons des mots au hasard dans le dictionnaire qu’il faut utiliser, nous nous imposons des thèmes, des objets ou des personnages à introduire dans le récit… Je participe aussi à des matchs d’écriture organisés par des associations, comme Présences d’esprits, spécialisée dans les mondes de l’imaginaire. Ces matchs durent environ deux heures, ce qui est une bonne durée : plus court serait trop peu, plus long, on se sent moins pressé par le temps, alors que c’est justement ce qui nous fait avancer. Plus il y a de contraintes et plus c’est facile d’écrire : les barrières donnent des ailes à l’imagination, alors j’essaye toujours de me bloquer pour mieux inventer.

C : Quels sont vos modèles littéraires ?

V : Comme le trahissent les nouvelles que j’ai posté sur votre site, j’aime particulièrement les littératures de l’imaginaire… Deux écrivains en particulier me fascinent en fantasy et en science-fiction : Jean-Philippe Jaworski et Alain Damasio, que je conseille à tout le monde. Ces auteurs sont très plaisants à lire, leurs imaginaires rayonnent. Concernant Jean-Philippe Jaworski, son style est extrêmement riche, j’ai l’impression de lire un classique de la littérature comme Alexandre Dumas, mais qui vivrait, respirerait aujourd’hui et aborderait des thèmes de fantasy. En le lisant, j’ai le sentiment de m’enrichir tout en étant distrait !

Alain Damasio, lui, a écrit La zone du dehors, un roman de science-fiction qui pourrait être l’équivalent du 1984 de George Orwell à notre époque. Ce livre fait réfléchir, il aborde des sujets politiques et philosophiques difficiles. Il s’inspire beaucoup de la philosophie de Deleuze, et cela transparaît dans son histoire. Le récit a du sens en plus d’être très bien écrit.

Evidemment, je n’ai pas atteint leur niveau d’écriture, mais j’essaye aussi d’introduire d’autres dimensions ou des points de vue surprenants dans mes nouvelles. La nouvelle s’y prête bien, puisqu’elle repose sur un twist final, qui doit surprendre le lecteur et renverser les perspectives. C’est à la fois un jeu avec les lecteurs, mais il y a également une part de sérieux, puisque le twist fait reconsidérer le sujet sous un nouvel angle.

C : Vous avez été Chouchou lors du Prix Hiver 2013 avec votre nouvelle Reset… Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté ?

V : Déjà, le plaisir d’être lu en dehors du cadre de mes amis. Je n’ai pas de blog, ni de site où je dépose mes nouvelles. Il est toujours plaisant de se dire qu’il existe un endroit où des lecteurs curieux peuvent les lire. Ensuite, voir ses mots imprimés sur du papier est un plaisir, l’odeur et le bruit des pages sont irremplaçables ! Enfin, le fait que le Comité éditorial ait apprécié et choisi cette nouvelle est un vrai encouragement… même si ce n’est pas ma préférée !

Si je devais choisir ma nouvelle « Chouchou » parmi celles postées sur votre site, ça serait plutôt Les associés de l’horloger : l’univers est différent, c’est du fantastique, et d’après mes lecteurs, la fin est plus surprenante que celle de Reset. J’ai la sensation d’avoir mieux maîtrisé le style. L’histoire est peut-être plus accessible, elle contient des éléments surnaturels assez sympathiques puisque communs, qu’il est toujours agréable de découvrir sous de nouvelles formes. Bon, je ne veux pas en dire plus pour ne pas spoiler les futurs lecteurs ! [rires]

C : Y a-t-il une citation que vous aimeriez partager avec nous ?

V : Quand on parle d’écriture, chacun y va de son conseil : il faut faire des plans, des fiches de personnages, des retouches de style ou plutôt tout écrire d’un coup ! Stephen King, dans Ecriture, Mémoires d’un métier, révèle le grand secret… Je n’ai pas la citation exacte en tête, mais l’idée c’est : « Vous vous asseyez, vous prenez un crayon, vous écrivez ». Et c’est le meilleur conseil qu’on m’ait donné en écriture ! Il dit tout ce qu’il y a à faire, il suffit juste de s’y mettre…

C : On s’en souviendra ! Merci à vous Vyl Vortex pour ce saut dans l’imaginaire, et à bientôt !

V : Merci pour votre travail, à bientôt !

Interview réalisée par Coralie Bailleul

 

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Pour ceux qui auraient raté l’info, je relaie à mon tour.

Rendez-vous sur France Info aujourd’hui à 13h35 pile pour une petite interview de Christophe Sibieude. Ce sera dans le dossier culturel du 12/14.

Sympa, non ?

On a réussi à faire court, cela ne durera que 8 min… Il est aussi possible d’écouter la radio en direct sur franceinfo.fr.

Bonne journée en short !

A demain,

Matteo

PS : Il est maintenant possible de réécouter le podcast sur le blog de Bernard Thomasson.

 

 

 

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En 2012, l’illustrateur anglais Mr Bingo a eu une idée simple et méchante : écrire à tous ses amis une carte postale insultante (un « hate mail »), et facturer la carte 10£.

De la méchanceté (presque) gratuite !

Pour chacun, il a choisi une carte postale bucolique, et a inscrit au dos un message haineux ou un dessin offensif. C’est fin et plutôt sadique…

L’engouement a été tel qu’il a dû refuser les commandes au bout d’une semaine… Il en a fait un livre, et expose bientôt à Londres.

L’humour est sans cœur, mais moi j’ai bien ri (c’est mon côté cynique) ! Un ami qui vous en veut autant doit quand même bien vous aimer…

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« Cher Mark, va te faire … et ton chat aussi »

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« Cher Sam, famille – meilleurs amis – connaissances – inconnus – toi »

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« Cher Julian, tu es un moins que rien »

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Et un mot doux pour son éditeur : « Chers Livres Penguin, allez vous faire … ».

A demain,

Matteo

PS : Le pire c’est qu’il n’a perdu aucun ami, et qu’il est devenu célèbre…

–> Hate Mail, Penguin Books, 11€67, 208 pages de méchanceté, et plus d’infos sur son blog

 

 

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Elodie m’a parlé de l’Exquise Nouvelle, une création collective initiée par Maxime Gillio (écrivain) et David Boidin (directeur web).

En 2011, ils décident avec d’autres auteurs d’écrire une nouvelle sous forme de cadavre exquis, en combinant des phrases de 420 signes maximum (la taille d’un statut facebook) !

Le succès de ce premier collectif a donné lieu à une saison 2 en 2012 : cette fois, des auteurs et des illustrateurs devaient donner leur interprétation d’une scène intitulée « Les 7 petits nègres ».

Et la saison 3 ?

Un Mix&Match entre le cadavre exquis et l’exercice de style. En 2013, 48 auteurs écrivent sur le thème du « concierge masqué ». Le principe  : le 1er auteur introduit l’intrigue, le 2ème la développe, le 3ème la clôture. Un numéro d’équilibriste !

Qui est court, exquis et plutôt malin… et pour tout savoir, c’est ici.

A demain,

Matteo

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Bravo à l’équipe du film « La vie d’Adèle » et à son réalisateur Abdellatif Kechiche pour la Palme remportée hier !

C’est le retour du cinéma français à Cannes, et de l’audace d’après certains…

Maxime tenait  à vous rappeler que le film est une adaptation de la BD de Julie Maroh : Le Bleu est une couleur chaude (trop peu citée hier d’après lui !). Cette BDiste engagée est à l’origine du collectif du 17 Mai dont nous vous parlions ici.

Abdellatif Kechiche aurait pris quelques libertés en adaptant le scénario… Qu’importe ! Le mélange d’éducation culturelle et sentimentale, et le bleu néon des cheveux révèlent bien la patte de Julie Maroh.

En attendant la sortie du film (en octobre), Maxime vous recommande donc la BD… pour être encore plus incollable que les cannois.

A demain,

Matteo

–> Le Bleu est une couleur chaude, Ed. Glénat, 15€50, 160 p.
Et un lien vers le blog de l’auteure.

 

Marie Darieussecq (née en 1969, basque, agrégée de littérature, révélée en 1996 par le roman Truismes, animant des ateliers d’écriture dans les internats d’excellence) a dans le cadre de la Semaine de la langue française 2013, participé à un exercice de style consistant à produire un texte court autour d’un mot de la langue française passé à d’autres langues.

Dix mots « semés au loin » ont été retenus. Dix mots passés les uns à l’anglais, les autres au russe, à l’italien, à l’espagnol ou à d’autres langues encore : « atelier », « bouquet », « cachet », « coup de foudre », « équipe », « protéger », « savoir-faire », « unique », « vis-à-vis » et « voilà ».

Elle a choisi le mot unique. Pas totalement par hasard.

C’est un peu + long qu’un post habituel, mais vous me pardonnerez car le résultat est très fort.

A demain.

Mattéo

« Je suis fille unique, ce qui m’a valu, enfant, tous les clichés : égoïste, prétentieuse, gâtée, etc. Pourtant je n’étais pas si unique que ça puisque je venais avec un frère mort ; un fils unique donc, que sa mort apothéosait, si sa masculinité n’avait déjà suffi à en faire un Dieu unique.

Un jour, en Chine, au début des années 2000, je faisais une conférence devant des étudiant(e)s de français. Suite à un commentaire sur la devise « Liberté, égalité, fraternité », j’ai demandé qui avait des frères ou des sœurs. Silence. Aucune main ne se lève. Cette question banale, mais qui ne l’est pas pour moi, n’avait rien de banal non plus en Chine : elle évoquait la politique ultra-directive de l’enfant unique.

A la fin de la conférence, plusieurs étudiant(e)s sont venus me parler. Ils avaient tous 20 ans, ils faisaient partie de la première vague de ces enfants uniques nés au début des années 80. Une étudiante me dit que ses parents avaient été si contrariés d’avoir une fille qu’ils l’avaient déclarée comme handicapée mentale : dans ce cas, on pouvait obtenir une dérogation pour avoir le droit de faire un deuxième enfant. Cette jeune « handicapée » faisait une thèse sur le surréalisme et sa propre histoire, racontée dans un français parfait, la faisait éclater de rire. Une autre étudiante m’a expliqué être née parce que son frère était mort, ce qui me rappelait quelque chose. Un autre enfin avait un jumeau, et les pouvoirs publics n’étaient pas allés jusqu’à exiger une réduction embryonnaire. Tous les autres étaient fils ou filles uniques, du moins déclarés tels (combien avaient un frère ou une sœur caché(e)s ?)

J’avais vu à Paris les spectacles de la chorégraphe chinoise Wen Hui – Report on Body, Report on Giving birth. Ils racontent les femmes enceintes de huit mois et avortées de force, la surveillance du corps des ouvrières, obligées d’indiquer l’arrivée de leurs règles au cadre de l’usine en charge du planning familial, ou ces familles de trois enfants forcées de se cacher. Et tous ces enfants nés quand même et privés non seulement d’école, mais d’identité, d’état civil : sans papiers dans leur propre pays.

Mon éditeur, à Shanghaï, avait scolarisé son deuxième enfant dans une école privée. Ces écoles dites « pour deuxième » étaient passées d’un statut clandestin à une tolérance mêlée de prestige : financées par des gens qui avaient les moyens de s’offrir un deuxième enfant (et de le faire naître au Canada ou en Australie, pour qu’il ou elle ait des papiers), ces écoles étaient devenues très cotées, et fréquentées aussi par les enfants uniques de la bourgeoisie montante.

À l’université où je donnais cette conférence, il y avait quelque chose de vertigineux à voir cet amphithéâtre plein à craquer d’êtres humains sans frères ni sœurs. Bien entendu, chacun d’eux était unique : porteurs d’un ADN unique au monde, d’un iris inimitable, d’une forme de main singulière, d’empreintes digitales différentes. Étaient-ils plus uniques d’être sans frères ni sœurs, ou leur manquait-il une irréductible part d’eux-mêmes, la co-existence d’un autre unique au monde, sorti du ventre de la même mère : d’un autre qui vous menace et vous aime d’un amour unique ?

À la question de Créon qui lui demande pourquoi elle a tout risqué pour enterrer son frère, Antigone répond : si mon enfant mourait, je pourrais en avoir un autre ; si mon mari mourait, je pourrais me remarier ; un frère mort ne se remplace pas. Ce raisonnement a été beaucoup discuté (Goethe le trouvait invraisemblable : il pensait même que le passage n’avait pas été écrit par Sophocle). Devant tous ces enfants uniques, je me demandais si leur autonomie forcée, produite par une politique sans précédent, en faisait des êtres dotés d’une indépendance inédite, une sorte de nouvelle condition humaine. Mais sans même parler du différentiel entre le nombre de garçons et de filles, cette situation avait forcément une incidence sur la forme de la société chinoise. Comment en était atteinte la notion de fraternité, si le mot même perdait son usage premier ?

Depuis, la Chine a assoupli sa politique. Mais une génération entière est née « unique », et je suis curieuse de son devenir, qui accompagnera celui du Parti unique»

Marie Darieussecq, Institut Français
> Pour en savoir +

Claudel, avec Rodin, en mode symboliqueValse Claudel.

Joli nom pour une jolie livraison d’un éditeur qui aime shortEd… qui aime cet éditeur – galeriste (d’art) : le Réalgar.

Je ne suis pas fan des notices biblio compliquées, voulant faire savant. On va donc faire simple : c’est une création – élégamment présentée – qui mérite le détour. Une nouvelle illustrée, ou accompagnée, d’aquarelles (Jean-Louis Pujol).

Du vrai Court mais bon comme on l’aime.

Si vous êtes Stéphanois ce samedi, allez donc entendre la plume de Laurent Cachard, le « compositeur » de cette Valse Claudel, et celle extraite d’autres de ses romans, mise en musique (chant, guitare, dobro, lapsteel, violoncelle) dans la galerie d’art du Réalgar. Vous découvrirez aussi les dessins et peintures de Jean-Louis Pujol.

C’est à 18 h, ce samedi 25 mai, Galerie Le Réalgar, 23 rue Blanqui à Saint-Etienne.

Et vous gagnerez un coup à boire, car la maison sait recevoir !

Mattéo

Valse Claudel, Laurent Cachard, Editions Le Réalgar, 7 €, pas de format numérique (prévoir 1€ de port et d’emballage par livre, gratuit à partir de deux livres)

> Avant-goût musicalo-littéraire en vidéo : en passant par ici

> Le CD de « Camille », poème inclus dans Valse, Claudel, qui a été mis en musique par Jean-Jacques Coulon et interprété par Stéphane Pétrier, sera mis en vente ce jour-là (et c’est une série limitée !). 

> Galerie Le Réalgar, 23 rue Blanqui, 42000 Saint Étienne, lerealgar.com

 

Ce jeudi, Philippe de la Fuente revient sur ses premiers pas dans le milieu de la bande dessinée. Il nous parle de son Atelier Cachalot, de sa vision du métier de dessinateur et de Peyo.

Coralie : Bonjour Philippe, d’où vous est venu votre goût pour la bande dessinée ?

Philippe : Je ne vais pas être très original ! [rires] Déjà tout petit, je dessinais tout le temps, c’est quelque chose qui est venu naturellement. En fait, j’avais deux passions : la lecture et le dessin. C’est donc vers la bande dessinée que je me suis tourné, puisque je pouvais dessiner tout en racontant des histoires.

C : Comment vous êtes-vous fait connaître dans le milieu ?

P : Quand j’étais adolescent, je faisais des fanzines avec des copains : on les imprimait et on allait les distribuer dans les festivals. Ça nous a permis d’appréhender le métier : d’apprendre comment réaliser une page de BD, les outils à employer, comment structurer la narration, mais aussi comment défendre son œuvre face aux lecteurs, expliquer son travail, attirer les gens !
Après, c’est devenu plus professionnel. A Paris, des amis ont monté une structure indépendante, Les éditions de La Comédie Illustrée, et on est passés au premier livre imprimé… C’est avec ce bouquin qu’on a trouvé du boulot. Parce que le problème de l’édition, c’est que tant qu’on n’a pas publié, on n’existe pas. Mais ça a un peu changé aujourd’hui, par exemple avec les blogs…

C : Et aujourd’hui, vous faites partie de l’Atelier Cachalot… Comment cet atelier s’est-il créé ?

P : L’avantage d’être à Tours, c’est qu’on est une trentaine d’auteurs de bande dessinée, et on se connaît un peu tous. Et qu’on soit écrivain ou dessinateur, c’est toujours un peu pareil : travailler chez soi fait qu’on ne voit personne, et on peut être tenté de faire autre chose. A l’atelier, on partage un espace avec d’autres personnes du métier, mais chacun travaille de son côté. Créativement parlant, pouvoir observer le travail des autres est quelque chose de très stimulant et ça donne envie de se dépasser. Et puis, ça permet aussi de maintenir un lien social : on fait des pauses café, on mange ensemble, et on discute de nos projets, de nos enfants, des vacances… Il nous arrive même, mais c’est très rare, de réaliser un projet en commun.

C : Votre dernier tome des Blagues Juives est sorti en 2008… Travaillez-vous sur un autre projet en ce moment ?

P : Alors, là je viens de signer un contrat pour une bande dessinée jeunesse, chez un petit éditeur, Daguan éditions. Ça s’appellera Les Princes d’Aksoun. On suivra l’histoire de deux enfants jumeaux, un garçon et une fille, qui vont vivre différentes aventures à l’époque de Cléopâtre. Le premier tome s’intitule Le Sorcier des Brumes, et porte sur la liberté de l’Homme, parce que c’est ce qui est le plus important, qu’on soit riche ou pauvre. L’idée c’est de permettre aux enfants qui la liront d’y réfléchir, parce qu’aujourd’hui encore, il existe certaines formes d’esclavage. J’essaye toujours d’aborder des sujets importants et toujours d’actualité, transposés dans une autre époque, parce que le décalage permet de pouvoir mieux comprendre certaines choses.

C : Avez-vous des modèles, des sources d’inspiration ?

P : Au départ, je m’inscris plus dans la tradition du style franco-belge, mais plutôt Franquin que Hergé ! J’ai toujours voulu faire de la BD populaire, afin de toucher le plus large public. Vous savez, le fameux slogan, de 7 à 77 ans ! [rires]. J’aime traiter de sujets qui amènent une certaine réflexion mais avec de la légèreté, et de l’humour. On peut dire, par certains aspects, que la bande dessinée est fermée sur elle-même, mais on a intérêt à s’intéresser aux problématiques actuelles, puisqu’on vit dans une société complexe, avec des problèmes économiques, sociaux, d’identité, …
Quelque part, j’ai aussi un petit quelque chose de La Fontaine : la preuve, je m’appelle de la Fuente !* [rires]. Ses Fables amènent à la réflexion avec humour, et c’est ce que j’essaye de faire : mettre en place plusieurs niveaux de lectures dans mes bandes dessinées. C’est un peu la même chose avec les histoires courtes.

C : A ce propos, qu’est-ce qui vous a amené à publier sur shortEdition ?

P : J’aimais bien votre concept, que j’avais commencé à développer sur mon blog, en publiant des gags courts sur des sujets d’actualité, ou plus universels. D’ailleurs, je me balade toujours avec un carnet dans mon sac.  On ne sait pas à quel moment peut arriver l’inspiration ! Il faut toujours être attentif à ce qu’il se passe autour de vous. Je commence par faire un petit croquis quand j’assiste à une scène qui me plaît ou quand une blague se met en place. Je le mets ensuite au propre, le peaufine, met en place les dialogues, et je vous l’envoie !

C : Avez-vous une réplique culte de BD que vous aimeriez partager avec nous ?

P : Une bande dessinée qui m’a marqué, et qui reste toujours, selon moi, une trouvaille : les Schtroumpfs, de Peyo. J’aime particulièrement cette réplique : « Quand on est schtroumpfement bien, on peut tout schtroumpfer ! »
Ce langage schtroumpf permet d’avoir une interactivité avec la personne qui va la lire : même si Peyo met toujours ses répliques dans un contexte, elles laissent une part d’imaginaire, chacun se demandant ce que ça pourrait bien vouloir dire !…

C : C’est une réplique vraiment bien schtroumpfée ! Merci Philippe pour cet échange, et à bientôt !
P : Merci à vous, à bientôt.

* Pour les non-adeptes de l’espagnol, fuente signifie fontaine… Sans blague !

-> Pour suivre son actualité, rendez-vous sur son site.

Interview réalisée par Coralie Bailleul.

Je n’ai pas d’idée de post pour le blog, ce soir.

Je vais donc dormir.

A demain.

Mattéo

PS : là c’est exceptionnel… mais la semaine prochaine, je fais grève tant qu’il ne fera pas beau et chaud. Prenez ce post pour un préavis.