Archives for the month of: avril, 2013

dalloway

On vous parlait de lectures printanières sur Facebook, voici la suggestion de ma copine : Mrs Dalloway, de Viriginia Woolf.

Un roman bien connu, court mais intimidant !

L’écriture est d’une grande exigence, les phrases s’élancent en mille détours… Mais il faut tenir bon, c’est elle qui vous le dit.

On suit le temps d’une seule journée les pas de Clarissa Dalloway, une bourgeoise londonaise* des années 1920. Au fil de ses pensées faussement dérisoires, des moments de lucidité jaillissent et nous étreignent.

Il y a une mélancolie, entre l’ombre de la Grande Guerre et le choc de la modernité. Mais surtout, Woolf a l’art de révéler les grands drames dans les petits tracas de la vie…

Et ça, c’est assez puissant !

D’après ma copine ce serait un hymne à la vie et à la beauté de l’ordinaire… joli programme.

« La vie à elle seule, chaque seconde, chaque goutte de vie, l’instant présent, là, maintenant, au soleil, à Regent’s Park, cela suffisait. »

A demain,

Matteo

–> Mrs Dalloway, Le Livre de Poche, 224 p., 5€10, disponible en format Kindle, et vous connaissez peut-être le film The Hours qui en a été inspiré… et que j’avais bien aimé. Pas follement gai, mais fort.

* « Londonaise » est quand même beaucoup plus fun que « Londonienne », non ?

Vive les rides

Le film de ma semaine, c’était Quartet.

J’ai été le voir dimanche soir.

Plutôt réussi.

On passe un bon moment. Il est très agréable de voir des acteurs ridés, non botoxés, non liftés, non tirés… et filmés tout de même en gros plan. C’est vrai que ça fait un bien fou.

Et il y a aussi cette belle formule, attribuée à Bette Davis (j’avais entendu à la radio que c’était Paul Newman qui l’avait popularisée) : « vieillir, c’est pas pour les mauviettes ». Plus chatoyante que celle de de Gaulle sur le naufrage de la vieillesse.

Les notes d’Allociné (3,8 la presse + 3,9 les spectateurs) sont toutefois un peu excessives. L’histoire est très américaine avec pas mal de sucre… et ne contient pas une dose exagérée de nuances et de complexité dans l’intrigue.

Mais bon, je joue au gars torturé et difficile ! C’est quand même bien sympa.

A demain,

Mattéo

 

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Ce WE, l’équipe de shortEd, qui s’est fort agrandie, se rend au Printemps du Livre de Grenoble, le rendez-vous annuel des éditeurs et libraires du coin.

L’occasion pour nous de parler du short à ceux qui l’ignorent encore, avec un stand aux couleurs de l’enseigne !… et de donner rendez-vous aux auteurs de la région, pour une petite rencontre informelle et enthousiaste.

Le temps est au beau fixe, ça aide !

Bien sûr, nous savons bien que d’autres parmi vous aimeraient venir aussi… Pas de panique, après Nice la semaine dernière (je vous en reparlerai…), nous réfléchissons à l’organisation de nouveaux événements avec les auteurs.

Paris, Montréal, Lille… shortEd est worlwide, ma bonne dame !

Parce qu’une communauté, c’est aussi des visages, des rencontres et des échanges.

 

équipe(Stephan, Manon et Coralie)

A demain,

Matteo

Edouard Bonnet 1Cette semaine, Édouard Bonnet alias Edbo a répondu à nos questions. Comédien de profession, il a l’humour bien trempé et fourmille de projets ! Féru de littérature américaine, il aime la rudesse de Charles Bukowski, le style qui claque, mais la sensibilité aussi…

Miléna : Bonjour Édouard, quelle est la place de l’écriture dans ta vie ? Écris-tu depuis longtemps ?

Édouard : Oui, j’écris depuis assez longtemps. On commence tous pour les mêmes raisons : un journal de bord, un journal intime… J’ai commencé au lycée ou au collège, du type : « Aah, Machine n’a pas voulu de moi ! ». Et petit à petit je me suis mis à raconter des histoires. Le goût pour l’écriture s’est aussi prononcé avec mon goût pour la comédie. Eh oui, je suis comédien ! Le rapport à l’écriture et à la langue est très important dans mon travail. Mais je n’arrive pas à écrire pour le théâtre car je suis un assez mauvais dialoguiste… En tout cas j’écris régulièrement, en fonction des disponibilités.

M : Est-ce que l’oralité du texte est importante pour toi ?

E : Oui, c’est très important. J’ambitionne d’écrire quelque chose d’un peu plus long… Eh oui, j’essaie d’écrire un roman ! [rires]. Mais comme je suis assez bordélique, cela jaillit dans tous les sens, puis il faut trouver le fil conducteur. Il s’agit d’une sorte de fiction, en partie inspiré de moi. Il n’y a que les choses que j’ai pu vérifier dans ma chair qui m’intéressent. Mais oui, écrire un texte qui puisse être dit à l’oral est une condition sine qua non pour moi. Sinon je touche un peu à tout, je fais un peu de photographie, je suis en train d’adapter un scénario à partir d’un roman pour réaliser mon premier court-métrage, et j’essaie aussi d’écrire une série avec un ami.

M : Est-ce que shortEdition t’a permis d’oser montrer d’avantage tes textes ?

E : Oui, j’avais pas mal de fonds de tiroir, que je partageais avec les potes et la famille… Une fois au cours de ma formation – dans une école supérieure d’art dramatique à Montpellier – on a utilisé un tronçon d’un de mes textes pour un spectacle. Cela m’a mis le pied à l’étrier ! L’actuel directeur était venu me voir en disant : « Ce passage-là, c’est toi qui l’a écris ? Mais c’est génial ! ». Donc voilà, cela m’a conforté, j’ai voulu en faire quelque chose, et puis une amie m’a mis sur la piste de shortEdition. Cela m’a permis de me confronter à un public plus large et de passer un cap.

M : Dans tes textes, tu mets souvent en scène des personnages masculins comme dans Dans le courant… Mets-tu beaucoup de toi dans tes histoires ?

E : Il y a beaucoup de moi, mais il y a aussi beaucoup de fiction, sinon je serais un nymphomane alcoolique ! Mes textes partent d’une sensation que j’ai pu avoir, après je tricote autour de cela. C’est marrant, avant je dessinais aussi, mais je n’arrivais jamais à dessiner de personnages féminins, c’était toujours délicat…Du coup je parle des femmes, mais à travers mon regard, peut-être que j’y arriverai un jour autrement.

M : Ce point de vue permet-il d’user d’un langage plus cru ?

E : Oui, peut-être… En fait je suis peu porté vers la littéraire française, je suis plutôt du côté des américains : Charles Bukowski, John Fante… J’aime beaucoup les Éditions de la 13ème Note. Le dernier roman qui m’a mis une claque s’appelle Karoo de Steve Tesich. C’est le seul bouquin qu’il ait écrit et il est mort avant de l’avoir publié ! C’est simple, c’est LE bouquin que j’aurai aimé écrire. Le langage est un peu cru, mais très littéraire. On pourrait facilement l’adapter au cinéma ou au théâtre car il y a une vraie profondeur des personnages.

En France, j’aime bien M. Houellebeck, mais il y a toujours quelque chose de trop « joli » chez les auteurs français. Je pense que c’est lié à notre rapport à la langue. Il faut savoir que nous, les comédiens français, on est considérés comme des « gros nullards », par rapport aux anglo-saxons ou au allemands ! Eux sont beaucoup plus physiques, ils ont un rapport à la langue plus brutal. Chez nous il y a une sorte de préciosité, du fait de l’histoire du théâtre français. Ce que j’aime chez Bukowski par exemple, c’est qu’il va se défouler sur les femmes, la société américaine, lui-même… et soudain cinq lignes vont se détacher et brûler la rétine. Là on se dit « Waou, mais qu’est-ce que c’est beau ! ». Comme le disait Desproges « l’humour c’est la politesse des désespérés », c’est pour se protéger… En ce moment je lis Jack Black [Yegg NDLR], un bandit de la fin du 19ème qui serait à l’origine de la Beat Generation.

M : Et quels sont les acteurs qui t’inspirent ?

E : J’ai envie de dire tous et aucun ! J’adore le jeu de Christopher Waltz dans Django, comme j’aime le jeu plus intimiste de Jim Carrey dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind. C’est touchant, pour une fois il n’en fait pas des caisses… Il y a prendre partout, et pour les acteurs de théâtre, c’est pareil. Je pense notamment à l’ancien directeur de mon école, Ariel Garcia Valdes. Rien que lorsqu’il nous donnait des cours c’était impressionnant : « Là tu vois je place ma voix, là je dis le texte, je suis concret, t’entends-là ? Je te transperce !… ». En gros. [rires]

M : Qu’apprécies -tu dans le format court ?

E : Eh bien on peut dire beaucoup de choses en peu de mots. Dans certains romans, on enrobe pour respecter le nombre de pages. Comme le dit encore Bukowski « La poésie en dit long et c’est vite fait. La prose ne va pas très loin et prend du temps. ». Moi j’ai un style assez lapidaire, mais je suis aussi bordélique, parce que je fais 40 mille trucs en même temps !… (On sonne à la maison – « Ah c’est toi ! » – C’est lui).

M : Pour finir alors, quelle serait ta philosophie de vie en une phrase ?

E : Eh bien voilà une phrase que j’ai écrite et dont je suis assez fier « Le monde est mal foutu, mais dans cette vie y en a pas d’autres ». Il y a pleins de choses sur lesquelles on a aucune prise, alors quand ça ne va pas, soit on baisse les yeux, soit on prend les armes ! ( « Oh, il a apporté des croissants…« ).

M : Eh bien sur ce, je vous laisse… Merci pour cet échange Édouard, et à bientôt !

E : Merci Miléna, à bientôt !

Interview réalisée par Miléna Salci

shortEd dans les 100

Ce matin, la direction veut un peu d’autosatisfaction partagée !

shortEd est dans le palmarès publié par Challenges des 100 START-UP OU INVESTIR en 2013. Et c’est bien. Le rapport du journaliste sous-estime un peu le trafic (le chiffre date du jour de notre premier contact en octobre 12, lors de La Matinale de la short Littérature) mais il fait figurer shortEd au bon endroit au bon moment…

C’est d’ailleurs pour cette raison que j’accepte de céder la maîtrise du contenu du blog, exceptionnellement, ce matin…

La direction veut aussi que je vous donne quelques explications.

Une start-up est une entreprise qui dépense des ronds avant d’en gagner (et donc qui fait appel à des investisseurs qui croient à son modèle économique) et qui définit un nouveau produit ou un nouveau service.

Voilà pourquoi shortEd est bien une start-up ! Et, pour info complémentaire, la levée de fonds est terminée (sauf pour les retardataires) ce qui va permettre à l’équipe de proposer de nouvelles fonctionnalités aux lecteurs et aux auteurs !

A demain.

Mattéo

PS : la version complète de la Une et le lien

shortEd dans les 100

 

 

 

On m’a dit que j’avais parfois un ton un peu polémique… Aujourd’hui, c’est sûrement le cas !

C’est Maxime – un membre de la bande shortEd dont je vous ai déjà parlé, il me semble – qui m’a parlé de ce collectif de BDistes : « Le Projet 17 Mai ». Depuis 2009, 60 dessinateurs se sont engagés contre l’homophobie en illustrant, chacun à sa manière, une facette du problème. Le recueil est disponible en ligne, et est en passe d’être édité grâce au soutien des internautes.

Entre humour corrosif, ton accusateur, saynètes touchantes voire trash, il y en a pour tous les styles graphiques et tous les goûts !

C’est plutôt militant, plutôt pro « mariage pour tous »… et ça s’appelle Projet 17 Mai parce que l’OMS a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales le 17 mai 1990.

Moi j’ai particulièrement aimé les strips de Jeromeuh, et de Caroline Guillot, et la simplicité éloquente de Quibé. Maxime a bien aimé le pamphlet de Julie Maroh, qui n’est pas si court…

Sensibiliser en bande-dessinée, c’est faussement innocent, et plutôt malin.

Et comme à shortEdition, on aime bien rigoler, sans pour autant être insensible, on relaie l’initiative !

A demain,

Matteo

 

Le Quotidien du Médecin publie désormais 1 nouvelle par semaine, le jeudi, dans son édition papier et dans son édition web.

C’est Aliénor Debrocq, avec Le Syndrome de Botrange, qui a ouvert la série il y a deux semaines.

C’est donc parti pour 1 an de feuilletons, puisque le QDM a souhaité publier ces nouvelles shortEdition, autour de l’univers médical, en 4 à 6 épisodes.

Si vous aimez le feuilleton, vous pouvez vous abonner au Quotidien du Médecin… ou bien attendre, dans quelques mois, une publication de la nouvelle in extenso par shortEd et le QDM… ou encore imaginer votre feuilleton ! Il paraît que c’est très stimulant…

A demain.

Mattéo

Alénor Debrocq écrit dans le QDM

C’est le titre d’un thriller qui marche bien, sur le thème (justement) des effets secondaires des antidépresseurs.

Il devrait faire un tabac en France puisque nous sommes les champions du monde du comprimé réputé détendre.

Steven Soderbergh (50 ans, « palmé » à Cannes à 26 ans pour Sexe, mensonges et vidéo), qui l’a réalisé, nous promène finement d’un cliché à un autre… ce qui fait qu’au bout du compte, la surprise est là ! On ne tombe pas sur le stéréotype attendu.

Ma copine est beaucoup plus douée que moi – à force d’avoir englouti des centaines de polars, thrillers et autres policiers * – pour décrypter en temps réel les scénarios. Et j’ai vu le film sans elle **… donc je suis moins sûr de mon avis. J’ai tout de même le sentiment que l’affaire est bien ficelée. Les personnages ne sont pas jolis-jolis, l’ambiance est tendue… On sort tout noué et le lendemain matin, on a même des courbatures !

A demain.

Mattéo

* Le polar, le policier et le thriller n’ont pas la même définition. Je vous ferai le cours (et ce sera court, c’est promis !) une autre fois.
** Ma copine est toujours ma copine mais quand elle va chez son frère, il m’arrive de ne pas l’accompagner. C’est bien clair ?

Cette semaine, Albert Dardenne, alias Papy Castor, s’est prêté au jeu de l’interview. Professeur de français à la retraite, il a toujours un nouveau projet littéraire en tête ! Après avoir conté les histoires des autres, il s’est mis à raconter les siennes, et nous parle avec verve de ses expériences…

Miléna : Bonjour Albert, ayant été professeur de français, vous avez baigné dans la littérature. Avez-vous toujours écrit, ou aspiré à devenir auteur ?

Albert : J’ai été professeur de français, oui, ce qui m’a permis d’enseigner la littérature, et d’aborder les grandes œuvres littéraires. J’ai également toujours eu un goût pour les arts d’expression et du spectacle. Ma mère était institutrice, elle m’a habituée très tôt à bien écrire, à sortir des clichés et des sentiers battus, à être soucieux de la formulation. En tant que professeur, on est toujours dans une position critique, on doit parler des œuvres, on se demande ce que l’on peut faire pour créer un intérêt. À l’école où j’ai enseigné, les élèves ont fini par me surnommer « Père Castor », en raison de ma façon de réinterpréter, de raconter ces œuvres de façon théâtrale. Je suis même parvenu à intéresser des élèves qui n’avaient aucun goût pour la lecture.

À force de raconter les histoires des autres, j’ai voulu raconter les miennes. J’étais, comme on dit, taquiné par le démon de l’écriture ! Je me suis mis à la rédaction d’un roman, je l’ai envoyé à des éditeurs et l’un d’entre eux l’a accepté. Je ne me considère pas pour autant comme un écrivain : un écrivain consacre sa vie à l’écriture. Moi, je ne suis qu’un amateur, ce qui ne veut pas dire que je fais les choses « à peu près ». Je me considère davantage comme un « artisan en écriture ».

M : L’écriture prend-elle une grande place dans votre vie maintenant que vous êtes à la retraite ?

A : Qu’un retraité ait plus de temps, c’est ce que l’on pense, mais ce n’est pas vrai ! Tout le monde se met à vous solliciter, donc vous n’avez pas forcément plus de temps. L’écriture fait aujourd’hui partie de mes loisirs. On a toujours une phrase qui trotte dans la tête, une formulation qui ne va pas, et après quelques jours on se rend compte que c’est cela qu’il fallait écrire ! Mais je consacre aussi beaucoup de temps à ma famille, j’ai six enfants, et deux petits-enfants, et je pense que ceci est le plus important. Quand par extraordinaire il reste du temps, je pratique la sculpture sur bois en amateur…

M : Vous avez déjà publié un roman, Signé Joseph Ernst aux Éditions Dricot en 1994, que gardez-vous de cette expérience ?

A : J’ai été surpris qu’un éditeur veuille de mon roman ! Il met en scène des adolescents d’une école liégeoise, donc bien sûr celui qui l’a accepté était un éditeur régional. Cela a eu un grand succès auprès du public local, auprès de mes proches, des amis d’amis… J’ai également eu de bonnes critiques dans la presse. Comme c’était un livre parlant d’adolescents, j’ai été surpris par les encouragements venant des adultes, et de lecteurs n’ayant jamais vécu à Liège. Des confrères d’autres écoles ont aussi choisi d’utiliser mon roman dans le cadre de leur cours, et cela m’a parfois donné la joie d’aller rencontrer des classes pour discuter avec eux du roman et du travail d’écriture.

M : Avez-vous d’autres projets de publication, ou d’autres projets littéraires ?

A : Écrire me donne beaucoup de plaisir, j’ai toujours un texte en chantier. Bien sûr il faut toujours avoir des projets, sinon on meurt ! [rires] Je me tiens au courant des concours littéraires, notamment de nouvelles. Dans une nouvelle, il faut faire court, il faut se concentrer. En revanche, l’écriture du roman que j’ai publié m’a pris un an et demi. J’ai également été sollicité par shortEdition pour rédiger une nouvelle pour Le Quotidien du Médecin1. Écrire pour un public ciblé (en l’occurrence le monde des médecins) m’a interpellé, je vais voir ce que je peux en faire. Sinon, j’ai toujours quelques nouvelles inédites en réserve sur mon disque dur, et j’espère pouvoir un jour les voir publiées en recueil. Mais une chose à la fois !

M : Qu’est-ce qui vous a plu chez shortEdition ?

A : Le goût du court, du texte synthétique, évidemment. J’ai trouvé shortEdition par hasard sur internet. Comme j’avais des nouvelles dans le tiroir, je me suis lancé et ça a marché ! Bien sûr, on se laisse facilement retenter…

M : Avez-vous des modèles littéraires, des écrivains qui vous inspirent particulièrement ?

A : Je n’aime pas parler de modèle, car cela sous-entend l’imitation du modèle. Il y a évidemment des auteurs qui me parlent : George Brassens, Raymond Devos, mais cela ne signifie pas que je veuille imiter ni l’un ni l’autre ! Je suis aussi un fanatique de Maupassant, David Lodge, Molière, Simenon…

M : Simenon, qui rappelle un peu le style policier de certaines de vos nouvelles, telles que Pour Monette

A : C’est vrai, mais je ne dirais pas que j’écris dans le genre policier. Ce qui me plaît, c’est la démarche, la littérature cartésienne, l’histoire qui s’explique par la logique. J’aime la qualité du dénouement qui vient expliquer toute l’intrigue, et donc naturellement le genre policier s’y prête bien.

M : Avez-vous des thèmes de prédilection ?

A : Non, les thèmes varient plutôt au fil des inspirations. Je citerais cette phrase de Jean Gabin, qui disait à propos du cinéma : « Pour faire un bon film, il faut trois choses : une bonne histoire, une bonne histoire, et une bonne histoire ». Donc voilà, j’essaie d’écrire des histoires qui ne soient pas trop moches ! [rires]

M : Quelle serait votre philosophie de vie, en quelques mots ?

A : Voilà une question difficile. Je tente une réponse en cinq points :
– Je crois qu’un jour sans rire est un jour perdu
– Je crois qu’en vivant très intensément dans la routine, on risque de mourir jeune
– Je crois que le monde dans lequel nous vivons a un grand problème : le XXème siècle nous a apporté de grandes avancées technologiques. Mais aujourd’hui, il y a des gosses qui meurent de faim, pendant que nous, nous nous préoccupons de quel iPhone nous allons acheter…
– Je crois qu’il y a très peu de raisons qui méritent la guerre ou le conflit ou qui méritent que l’on se batte, sauf celle que je viens de vous citer…
– Je crois, enfin, qu’il est temps que je m’arrête, car je deviens moralisant, et peut-être un peu chiant !…

M : Mais pas du tout ! C’était un plaisir d’échanger avec vous, Albert, merci à vous, et bon courage pour vos projets !

A : Merci à vous, à bientôt !

1Le Quotidien du Médecin publie chaque jeudi (depuis fin mars), sur son édition papier et sur le web, une nouvelle d’un auteur de shortEdition en feuilleton de 4 à 6 épisodes.

Interview réalisée par Miléna Salci

Antigone

Antigone 1, c’est celle de Sophocle. Je l’ai rencontrée au Salon du Livre il y a 10 jours. J’ai eu envie de l’emporter puisque je venais de passer un moment avec Antigone 2, celle de Anouilh (celle qu’on a lue au lycée).

Antigone 1 date de 442 avant JC, Antigone 2 est née en 1944.

2 fois 35 minutes de lecture.

Et les 2 fois, ça se termine mal !

Pour Sophocle, A est la victime de principes nobles – elle veut offrir une sépulture à son frère Polynice – et surtout de la cruauté du roi de Thèbes, son oncle Créon, qui a succédé à Oedipe (le papa d’Antigone). C’est une jeune adulte dévouée à son frère, habitée par le sens du devoir.

Pour Anouilh, A défie son oncle délibérément. Elle indique au vieil homme, soucieux de préserver la paix et l’ordre dans la ville, qu’elle refuse de se préoccuper de la difficulté du chef politique à concilier tous les impératifs du gouvernement d’une cité. Elle veut incarner la liberté et le refus absolu, irraisonné, de composer avec la société et avec ses règles. C’est une adolescente rebelle, défiant l’autorité, imprégnée de l’individualisme moderne (rendu possible par le christianisme).

Quoi qu’il en soit, c’est très amusant de comparer le regard de deux époques sur une même histoire.

A demain.

Mattéo